Cécile LAZARTIGUES-CHARTIER

CES PETITS RIENS QUI FONT TOUTE LA DIFFÉRENCE /

Pour passer du ‘oui, mais’ français à une meilleure compréhension des codes culturels au Québec.

À bien des égards, nous pourrions situer le Québec entre le Canada et la France, entre le monde latin et anglo-saxon. Bref, une société vraiment distincte bien que partageant des communs de part et d’autre.

Ce 'Tu' qui tue parfois

L'une des principales caractéristiques de la culture québécoise, en particulier dans le milieu professionnel, est la notion égalitaire que ce soit entre les femmes et les hommes ou plus spécifiquement au niveau de la hiérarchie. En entreprise, avant tout, le pragmatisme est de mise. Chaque personne a une mission, un rôle qui fait partie d'un grand tout.
Si au Québec la hiérarchie est plus faible qu'en France, le tutoiement y est également plus facile. Cependant, là où le bât blesse pour certains français en arrivant au Québec, c'est la grande différence de l'utilisation du tutoiement et de ce que cela implique. Ici le tutoiement pourrait s'apparenter à l'utilisation du ''you'' anglais qui ne traduit pas une fraternisation hiérarchique. Se tutoyer est un aspect du pragmatisme très nord-américain avec une hiérarchie plus horizontale qu'en France. Cependant, si cela est le reflet d'une certaine fluidité sociale, il ne faudrait pas se méprendre avec une proximité relationnelle. Ce n'est pas parce que votre supérieur vous tutoie que vous allez devenir les meilleurs amis du monde !

Le vertige de la hiérarchie horizontale

La prise d’initiative est valorisée et encouragée. Peu de formalisme et une certaine simplicité permettent de mettre en pratique une certaine prise de risque. N’oublions pas que nous sommes en Amérique du Nord, le continent des pionniers. Alors tentons le tout pour le tout, l’échec fait aussi partie de l’équation ! La décentralisation, un esprit de délégation des tâches aux subordonnées et la hiérarchie plus horizontale offrent un espace pour l’initiative. On attendra d’un employé, quel que soit son poste, un esprit d’initiative au service de l’entreprise.

Bien que la société évolue, la distance hiérarchique en France demeure le reflet d’une vision du monde avec ses classes sociales bien circonscrites. Au Québec, la distance est bien plus faible. Ici, les privilèges et les symboles de prestige en relation avec une classe sociale seront mal vus. Le manque de formalisme favorise la prise d’initiative et d’autonomie dans le travail. La culture organisationnelle québécoise met l’individu au cœur de ses responsabilités. Dès le plus jeune âge, on abreuve les enfants d’encouragements tel que ‘’tu es capable’’. On valorise l’esprit d’initiative, être proactif est une des valeurs sûres au Québec. Cela participe à une grande mobilité d’un projet à l’autre, d’un poste à l’autre, d’une entreprise à l’autre ou même d’une carrière à une autre.

La vie, cette grande aventure vécue dans le consensus

Au Québec il ne suffit pas d’être convaincu d’avoir raison, encore faut-il amener des arguments, des chiffres et des faits concrets pour convaincre et proposer des solutions gagnant-gagnant. La dynamique de groupe est au cœur même de la prise de décision, et cela se fait par consensus. Chacun collabore à sa mesure à la solution d’un défi qui touche de fait l’ensemble du groupe. L’objectif demeure de trouver une solution et de rallier le groupe à la décision finale commune. Le conflit ouvert est un tabou au Québec et on tendra toujours vers le consensus quitte à prendre plus de temps. Le consensus fait partie de la donne de manière générale que ce soit au travail ou dans la vie sociale. On abhorre la confrontation qu’on fuit avec ténacité, ce qui peut parfois irriter certains français enclins à une dynamique plus musclée.
Un curieux paradoxe cependant surprend parfois les nouveaux arrivants. La relation troublante entre le consensus relié fortement au groupe qui est dans l’ADN des québécois et le besoin d’entreprendre, d’aller de l’avant en sortant des sentiers battus, de s’affranchir justement du groupe, de démarrer seul une nouvelle aventure ! Un des paradigmes qui donne une grande force aux québécois, c’est l’acceptation de l’incertitude face aux aléas inhérents à la vie. Les racines historiques de cet état d’esprit seraient fort intéressantes à creuser. Peut-être que l’arrivée sur les terres amérindiennes des colons français en Nouvelle-France en 1534 nécessitait-elle un esprit pragmatique et aventurier pour survivre. Quelques siècles plus tard, les échos de cet esprit de conquête et de simplicité résonnent encore jusque dans les salles de réunions !

AUTEUR : Cécile LAZARTIGUES-CHARTIER
L’art et la manière – Conseil en Interculturel
www.lartetlamaniere-interculturel.com

2018-05-22T08:18:46+00:00